En 1994, suite à un séjour au Mali ayant pour objectif la récolte de témoignages sur les activités de fonte, que nous pensions disparues à jamais, nos informateurs locaux nous ont aiguillés sur l'un des doyens des forgerons de la plaine du Séno dans le village de Garou-Lé. Cet homme, âgé de 97 ans, répondit à toutes nos questions, mais nous indiqua surtout que ses "jeunes frères" du village de Doundé avaient pratiqué cet artisanat jusque dans les années 1970.
C'est ainsi que nous avons rencontré les onze derniers forgerons dogon qui détiennent encore les secrets
de cette activité ancestrale, à cause de l'interdit qui régnait sur le fer d'importation dans les marchés de la région jusqu'à récemment. Conscients de la disparition de leur savoir et de l'ignorance de leurs enfants, ils nous ont spontanément offert, en guise de témoignage pour leur descendance, de se réunir pour invoquer une dernière fois les esprits, creuser une mine, fabriquer le charbon de bois, reconstruire le fourneau et provoquer l'accouchement du métal.
L'opération s'est déroulée sur deux mois, en janvier et février 1995 : Eric Huysecom, du Département d'anthropologie et d'écologie de l'Université de Genève s'est chargé des observations ethnographiques et scientifiques, tandis que le caméraman Bernard Agustoni se concentrait sur les problèmes cinématographiques.
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